Christophe : la gestion de la fatigue en ultratrail, un défi aux conséquences… hallucinantes !

En septembre, Christophe Traina va courir le Tor des Glaciers contre le cancer. Une épreuve colossale pour laquelle le carolo a décidé de soutenir la Maison Mieux-Être. Il a levé 3280€ en 55 jours. Après avoir dévoilé son planning début juillet , puis sa préparation logistique, Christophe nous en dit plus sur sa gestion du sommeil.

Dans les courses habituelles, tu as toujours des schtroumpfs qui démarrent à toute vitesse au départ. Les coureurs sont stressés, craignent les bouchons… Mais tu perds beaucoup d’énergie dans ces moments-là. Pour une course comme le Tor des Glaciers, le départ est beaucoup plus soft. On sait qu’on va courir 450km pendant 8 jours, alors on n’est pas à 5 minutes près.

La gestion du sommeil est super importante. A vrai dire, le calcul est simple. Tu as 8 jours – 190 heures pour être exact –  pour boucler les 450km. A toi de gérer ton sommeil là-dedans. Et il faut penser à la fréquence mais aussi à l’endroit ! Tu as plus de probabilités de tomber de sommeil au milieu de la montagne que pile en arrivant à un refuge… Or tu n’as pas de sac de couchage mais une simple couverture de survie, et en pleine nuit, avec le froid glacial, il peut y avoir un risque d’hypothermie si tu te laisses dormir trop longtemps. Mieux vaut gérer.

Généralement tu ne dors pas la première nuit. Les autres nuits, tu essaies de dormir 2 à 3h maximum en refuge. Si les conditions le permettent et que tu es fatigué en pleine nature, alors il vaut mieux faire des turbosiestes (20 minutes max) contrôlées par un réveil. A nouveau, ça peut être dangereux en pleine nuit… Il vaut mieux s’endormir quand il y a du soleil, pas de vent ou de pluie.

Tu arrives d’office à un état de fatigue important. Tu pètes la forme pendant les premières heures, mais après 6 ou 7 heures, tu peux ressentir le mal d’altitude, avoir le tournis, tu commences à aller plus lentement mais tu mords sur ta chique et tu avances. Ça dure une demi-journée environ. Puis à partir du 2ème ou 3ème jour, tu atteins un état de fatigue très important, ton corps est en manque de sommeil. Tu peux alors être victime de petites hallucinations. Enfin, tu passes en « routine » dès le 4ème jour : ton corps commence à accepter ce que tu lui demandes. Tu rentres dans un cycle où tu oscilles entre forme olympique et fatigue. Et crois-moi, c’est dans les moments difficiles que tu te raccroches au soutien sur lequel tu peux compter, à des images positives – pour ça c’est précieux d’être suivi et soutenu par vous tous !

Il faut être vigilant avec cet état de fatigue constant parce que des complications physiques interviennent forcément… Les ampoules peuvent être sources de douleurs atroces, les irritations peuvent être très gênantes, et les genoux trinquent pas mal. Il y a les fractures de fatigue aussi… C’est parfois comme si un couteau te rentrait dans le pied à chaque fois que tu le poses à terre. Il arrive de ne pas réussir à avaler quoi que ce soit, car l’estomac digère plus difficilement quand tu es toujours en mouvement. Dans ce cas-là tu t’arrêtes et tu attends que ça se remette en place.

Enfin j’évoquais les hallucinations ci-dessus… Il faut savoir qu’elles sont vraiment courantes et, heureusement à force, tu t’y habitues. Mais c’est parfois vraiment difficile de distinguer le vrai du faux.

La plupart des coureurs avec qui j’en ai parlé sont d’accord sur les premiers signes. Souvent, tu vois un caillou du coin de l’œil et il te fait penser à un animal. Ou tu as l’impression d’avoir vu un animal et tu te rends compte qu’il s’agissait d’un caillou. Au moins là, tu es conscient que c’est un caillou.

Il arrive souvent aussi de confondre des végétaux avec une personne. Là c’est souvent plus troublant. Tu vois une tête et des bras, et tu es réellement troublé : tu n’es plus aussi convaincu que c’est une plante et tu y regardes à deux fois pour t’en assurer.

Mais le stade le plus troublant, c’est quand tu vois des choses qui n’ont rien à faire à l’endroit où tu te trouves, en pleine nature au beau milieu de la montagne… Une belle 4×4, une jolie maison 4 façades typique de la région de Charleroi… Il m’est déjà arrivé de vouloir rentrer dans une maison, et c’est en posant la main sur la poignée de porte que j’ai réalisé que j’étais nez-à-nez à un rocher.

Avec l’habitude je commence à savoir faire la différence. Mais ce qui est parfois perturbant, c’est qu’avec du recul tu peux avoir le sentiment d’avoir parlé à quelqu’un sans finalement jamais être certain que ça a eu lieu !

Une petite anecdote pour la route… Alors que je courais en pleine nuit, j’avais enfilé tous mes survêtements et ne parvenais pas à me réchauffer. Et là, comme s’il était tombé du ciel, j’aperçois un beau pull bleu suspendu dans des branchages. Je crois rêver, et pourtant ce pull semble bien réel ! Je m’approche, je le prends, je l’enfile sans y croire vraiment… A la fois heureux et complètement perturbé par cette coïncidence, je jette un regard par-dessus mon épaule et remarque que je suis épié par deux personnes qui me dévisagent, un doigt réprobateur pointé vers moi ! Je me sens comme un gosse qui a fait une bêtise, j’hésite à enlever le pull… Je me retourne à nouveau, les deux gars n’ont pas bougé d’un cil. Je me décide à aller leur parler, et en m’approchant, je suis pris d’un rire intérieur… Les deux inconnus ne sont qu’un amas de branches et d’ombres. Le pull, lui, était bien réel, il était tout simplement au bon endroit au bon moment. Comme quoi…

Voilà, il me reste encore quelques jours d’entrainement puis ce sera le moment de prendre le départ… Je vous enverrai prochainement un lien qui vous permettra de suivre ma progression par tracking GPS. Puis je communiquerai surtout avec vous via ma page Facebook dédiée à l’événement. Si vous ne l’avez pas encore likée, la voici : https://www.facebook.com/tordesglaciers/. Vous pouvez aussi la trouver en tapant « Christophe Traina court le Tor des Glaciers contre le cancer ».

Merci pour votre soutien.

Sportivement,

Christophe